Plénière
Le mot esquive, l'instrument tranche : autonomie stratégique, souveraineté numérique et l'épreuve de la cyber
Salle MARI/SUGGAR − samedi 31 octobre 2026 à 09:40 − 45 min
« Autonomie stratégique » et « souveraineté numérique » sont devenus des mots-valises que le débat public traite en synonymes. Or, ils ne le sont pas. Le premier vient de la politique de défense et désigne une capacité d'agir dans un monde interdépendant, sans viser l'autarcie. Le second vient du marché et du réglementaire, et désigne un contrôle, sur les infrastructures comme sur les fournisseurs. Cette conférence part de ce brouillage pour en exposer les effets et la fonction, plutôt que pour arbitrer entre les définitions.
Le flou est fonctionnel. Un vocabulaire vague permet à des projets incompatibles (politique industrielle nationale, agenda réglementaire européen, protection des droits, contrôle sécuritaire) de faire coalition sous une même bannière. Sous les deux mots se logent au moins cinq tensions distinctes, à commencer par celle qui sépare la capacité (pouvoir faire) du contrôle (pouvoir décider) : un État peut être souverain en droit et incapable en pratique.
La cyber est le lieu où ce flou devient coûteux, parce que les dispositifs tranchent là où les mots esquivent : un produit est certifié ou il ne l'est pas, une vulnérabilité est divulguée ou retenue, un fournisseur est exclu ou maintenu. La révision du Cybersecurity Act (CSA2) sert de démonstration. Un seul texte se déploie sur trois axes qui ne disent pas la même chose (montée en capacité d'ENISA, pouvoir de certification, exclusion des fournisseurs à haut risque), ce qui explique que ceux qui le défendent défendent rarement la même chose.
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